Duparc - Mélodies +sonate cello

Duparc - Mélodies & Sonate cello

Mélodies et duo - Sonate pour Violoncelle et Piano

- Tomomo Mochizuki, mezzo - Didier HENRY, baryton - Alain Meunier, violoncelle - Anne Le Bozec, piano

- Sonate pour Violoncelle et piano

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Le destin d'Henri Duparc est un des plus tragiques de l'histoire musi- cale. Jeune homme très doué, il s'essaye d'abord à quelques pièces pour piano, la Sonate pour piano et violoncelle et quelques mélodies. Sa seule formation il la doit à César Franck, dont il a été un des premiers disciples. Lorsqu'il a 22 ans, en 1870, il compose L'invitation au voyage, qui le rend encore aujourd'hui universellement célèbre.

Dès lors, pendant quatorze ans, il ne composera que neuf autres mélodies, en proie à une névrose obsessionnelle qui le fait douter constamment et cruellement de ce qu'il crée. Dans le même temps, il travaille à un opéra (La Roussalka, d'après Pouchkine), plusieurs fois détruit, reconstruit, et brûlé pour finir. Il ne subsistera de cet autodafé qu'un court interlude instrumental (Danse lente). Une dernière mélodie, Recueillement, sur le poème de Baudelaire, subira le même sort que son opéra, sans qu'il n’en subsiste rien, bien que la partition ait été menée à son terme, si l’on en croit les lettres qui nous restent.

À partir de 1884 et pendant un long demi-siècle, Duparc mène une existence lamentable. Non pas matériellement – son statut de rentier bourgeois le lui épargne – mais les doutes sur sa création, déjà torturants, ne tardent pas à l'atteindre jusque dans son corps : perte progressive de la vue et paralysie des membres inférieurs. De nombreuses cures, des déménagements vers la Suisse ou le Sud de la France, le développement d'un singulier mysticisme religieux n'apaisent jamais ce tourment de cin- quante ans de vie, celui d'un compositeur sans musique.

Le tournant religieux, de même que la névrose obsessionnelle (Freud a caractérisé les symptômes de celle-ci comme une sorte de « religion privée ») ne sont pas étrangers à ce tarissement créateur. Duparc a toute sa vie été obsédé par un idéal de « pureté » qui entre en contradiction avec son attrait pour « l’impureté » d'une musique qu'il ne concevait qu'étroitement alliée à un texte poétique. Celui- ci par surcroît toujours inspiré par l'amour humain dans ce qu'il a de plus affectif, douloureux, voire charnel. C'est en proie à cette crispation qu'il s’est obstiné à détruire au fur et à mesure ce qu'il créait, et qu'il aurait annihilé le peu qui en a subsisté – selon ses propres dires – si la publication ne l'en avait empêché. Le fantasme est d'ailleurs ancien puisqu'il avait déjà retiré de l'édition ses cinq premières mélodies (Chanson triste, Soupir, Romance de Mignon, Le Galop, Sérénade) composées avant 21 ans, premier recueil qui serait perdu pour nous si quelques exemplaires n'avaient heureusement échappé à son impitoyable autocritique.

D'autre part, le titre même de sa dernière oeuvre achevée, La Vie antérieure, résonne de façon troublante avec ce qu'il écrivait beaucoup plus tard à son ami et disciple Jean Cras : « Ma vie artistique est finie : elle est remplacée par une vie tout intérieure qui vaut mieux, et ne laisse de l'autre que le souvenir d'un cher passé, déjà lointain : C'est là que j'ai vécu ». Ces derniers mots, empruntés au poème de Baudelaire, montrent que la vie intérieure éclairée par la religion valait maintenant mieux qu'une vie antérieure d'artiste, « interdite » désormais.

Ces troubles psychologiques renvoient à d’anciens traumatismes personnels dont il serait trop long de parler ici, mais que j'ai tenté d'éclairer dans mon livre. Ce qui concerne plus directement l'auditeur de la musique de Duparc est cette idée de conflit intérieur, dans la mesure où elle est la source de l'émotion ressentie. Elle peut prendre l'aspect que j'ai dit (présent/passé, pur/impur), mais aussi se retrouver dans une question stylistique plus immédiatement accessible à notre connaissance. On a depuis longtemps et à juste titre défini la mélodie de Duparc comme s’écartant le plus souvent du genre français pratiqué par ses contemporains Gounod et Fauré (ensuite Debussy et Ravel) et plus proche de l'esthétique du lied allemand. Cela se confirme dans ses goûts musicaux clairement affirmés : ses dieux étaient Wagner et Beethoven, reflétant sa prédilection pour le romantisme musical allemand. Or, dès la guerre de 1870, il va nourrir un sentiment nationaliste exacerbé, encore accru par la Première guerre mondiale. Voilà un autre aspect conflictuel de sa création, qui se lit dans ses plus belles mélodies (Phi- dylé, La Vie antérieure) avant de se crisper dans l'impasse.

Le décor psychologique et esthétique que j'ai esquissé situe bien la force exceptionnelle de l'émotion éprouvée par l'auteur et ressentie par celui qui écoute. Il compte plus, je pense, pour ce dernier, que la description plus ou moins détaillée de chacune des oeuvres enregistrées ici. La date de celles-ci montre dès lors comment la situer dans l'évolution créatrice de Duparc. Par exemple, on comprend mieux ainsi pourquoi Chanson triste et Soupir ont été remaniées en vue de la seule publication « définitive » du recueil de 1902 (treize mélodies seulement) avec des retouches partielles qui en creusent la mé- lancolie, par rapport au premier jet déjà abouti. Pourquoi, à l'autre extrême, La Vie antérieure atteint, par rapport à tout ce qui a précédé, un sommet de perfection indépassable où la charge émotionnelle des derniers mots du poème – « ...le secret douloureux qui me faisait languir » – donne lieu à l'un des plus beaux postludes pianistiques jamais imaginés : musique sans paroles, musique « pure », avant les ilence définitif.

Rémy Stricker © Maguelone 07/09

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